• Sylvie Martin, psy

Consommation de drogue, alcool et impacts sur le couple!

Mis à jour : 20 mai 2019

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L'enfance de l'adulte dépendant

Souvent, la personne souffrant d’une dépendance a grandit dans un milieu de dépendance : nourriture, alcool, drogue, jeux de hasard, médication, dépendance affective, etc. Elle se retrouve à l’âge adulte soit elle-même dépendante d’une substance ou en relation avec une personne ayant un problème important de consommation. L’historique de vie de plusieurs toxicomanes est ponctuée de traumatismes dans leur enfance. Souvent, les gens souffrants de dépendance n'ont pas appris à patienter pour obtenir ce qu'ils veulent ou au contraire, ils ont été traités très durement par des parents trop autoritaires qui n'ont pas transmis la notion de plaisir sain. L’addiction servirait en quelque sorte d’automédication.


Le conjoint qui consomme trop

Lorsque le conjoint consomme « trop » et régulièrement, la communication est lourdement hypothéquée, car son humeur euphorique se transforme en humeur dépressive. En état de dépendance, tout ce qui le préoccupe, c’est le plaisir immédiat et il fuit toute situation ou contexte l'éloignant de son but premier: avoir du plaisir, ne penser à rien et surtout ne pas écouter les critiques de sa conjointe.


Les problèmes sexuels et la consommation

A part les problèmes de communication, des difficultés au niveau sexuel sont présentes chez la personne dépendante d’alcool, de drogue.


Les grands buveurs, les toxicomanes présentent une prévalence élevée de dysfonctions sexuelles- troubles érectiles, éjaculation précoce ou troubles orgasmiques; une faible libido et une diminution de la fréquence des rapports sexuels; de l’insatisfaction et des conflits liés à la sexualité; des problèmes de fertilité... (voir Manuel Clinique des psychothérapies de couple, Presses de l’Université du Québec, p. 588)


À cause des effets dépresseurs sur le Système Nerveux Central (SNC) l’alcool et les opiacés inhibent les réponses physiologiques d’excitation sexuelle et les fonctions orgasmiques tant chez les hommes que les femmes.


La consommation et la violence physique

La violence physique constitue un autre facteur aggravant dans la relation lorsqu’un ou deux conjoints consomment. Les jours de consommation (état intoxiqué) sont plus à risque de violence physique que les jours de sobriété.


Les erreurs des conjointes


Vous arrive-t-il de penser que vos agissements pourraient exacerber la dépendance à la drogue ou à l'alcool de votre conjoint? Les scientifiques parlent de bidirectionnalité, c’est-à-dire que les conjoints s’inter influencent. Par exemple, une conjointe se fâche contre son amoureux parce qu’elle se sent manipulée du fait qu’il a de l’argent pour acheter sa drogue ou payer la traite à ses chums, mais il a rarement l’argent pour payer l’épicerie, le loyer ou même la facture d’Hydro. En réaction à la colère de sa conjointe, il est probable que celui-ci apaise ou étouffe ses émotions trop fortes dans la substance et accuse sa partenaire d’en être le déclencheur. La conjointe qui n’a pas de problème d’addiction va argumenter que l’irresponsabilité, les mensonges, les manipulations sont la source des difficultés de leur couple. C’est la question de l’œuf ou de la poule?


Une des erreurs fréquentes que font les conjointes est de contrôler avec excès de très près leur conjoint et elles oublient de souligner ou de remarquer tous les bons comportements « non toxiques ». Derrière le besoin de contrôler, se cache le grand besoin de croire que l’autre fera les bons choix pour prendre soin de lui et ainsi s’engager dans une relation de couple prometteuse. A chaque occasion où le dépendant consomme trop, la conjointe perd espoir dans leur futur mais s’accroche à l’idée qu’elle pourrait peut-être l’aider à s’en sortir, car elle l’aime tellement.


Il est très important de séparer le comportement de la personne. Tout comme un petit garçon qui pique une crise de colère quand ses parents exigent qu'il prête un jouet à sa sœur, nous pouvons faire l'hypothèse que cette colère cache sa frustration du fait qu'il perçoit que ses parents sont beaucoup moins exigeants envers sa sœur qu'envers lui. Le conjoint qui choisit sa cocaïne en sachant très bien qu’il peut perdre ce qu’il chérit le plus au monde ; sa conjointe, la garde de ses enfants, son emploi, ses relations amicales, son lien de soutien familial, cache souvent une immense peine, une haine secrète et un blâme non avoué. La conjointe peut tenter de comprendre cette souffrance mais elle doit aussi responsabiliser son amoureux à devenir de plus en plus autonome et assumer les conséquences de ses gaffes de consommateur.


Pour regagner la confiance de l’autre, il importe que le conjoint toxicomane fasse de réels efforts pour stabiliser sa consommation et reconnaitre sa part de responsabilité dans les difficultés conjugales. Le toxicomane a contribué à la création d’un lien de méfiance entre sa partenaire de vie et lui, il doit participer à rebâtir le lien de confiance. La conjointe doit alors reconnaitre et soutenir les efforts faits par son partenaire. Si le conjoint ne passe pas à l’action pour sortir de sa dépendance, sa partenaire amoureuse a 2 choix : 1) accepter, tolérer et faire le deuil de le critiquer car il n’a pas changé 2) quitter la relation pour comprendre pourquoi elle restait dans une relation « toxique » et mieux se connaitre pour rencontrer un partenaire amoureux plus compatible avec un mode de vie sain.


Je cède à ma dépendance à cause d’elle ou de moi ?

Pour mieux départager ce qui tient des problèmes conjugaux et des problèmes personnels, il est suggéré de prendre note d’une semaine typique de consommation. À chaque jour, la personne écrit quel produit, à quel moment et quelle quantité a été consommée et elle précise le mode de consommation (inhalé, ingéré, injecté, etc.). Évidemment pour que cet exercice soit pertinent, la personne doit écrire avec une grande honnêteté ce qui l'a amené à consommer et reconnaitre ses torts. En thérapie, le dépendant est amené à reprendre du « pouvoir » sur sa vie et à changer les choses qu’il peut changer. La connaissance des étapes du sevrage est très importante dans le rétablissement ainsi que le soutien continue que peut offrir les groupes anonymes. Trop souvent, les dépendants se pensent guéris parce qu’ils ont réussi à ne pas boire ou consommer de drogue pendant 30 jours, mais s’ils n’ont pas regardé de près leur souffrance intérieure, leur « mal de vivre », leur « manque d’estime de soi », ils vont tôt au tard rependre la substance pour étouffer, enterrer ce mal qui crie en eux. En somme, pour aller mieux, vaut mieux affronter ce qui ne va pas (ex : le « grizzly intérieur »), apprendre des nouvelles stratégies pour développer un mode de vie plus sain. La décision de réduire ou cesser la consommation doit venir du principal intéressé: le dépendant.


Hier, n’est plus et demain n’est pas encore arrivé ! Le futur sera meilleur, si chaque instant présent est vécu sainement.


Ressources et références


Pour soutenir les conjoints qui vivent le quotidien avec un toxicomane, des groupes d’entraide sont disponibles : http://www.naquebec.org/nar-anon/


Si vous désirez relever le défi 28 jours sans alcool de la maison Jean Lapointe, vous aurez l’occasion de le faire en février prochain (voir le site : http://fondationjeanlapointe.org/).


Au Québec, le programme Alcochoix constitue une excellente référence.


Test pour mesurer habitudes consommation alcool : http://www.sante.public.lu/fr/rester-bonne-sante/030-alcool-dependances/test-audit.pdf


Livre sur le couple par :

Wright, J., Lussier, Y., & Sabourin, S. (2008). Manuel Clinique Des Psychothérapies de Couple. PUQ.