• Sylvie Martin, psy

Votre retraite en santé!

Mis à jour : févr 12

#retraitesante


Beaucoup a été écrit sur la santé financière pour la retraite, mais très peu sur le plan psychologique. Cet article vous guidera afin de maximiser votre santé psychologique et physique à la retraite.  Que vous soyez jeune ou moins jeune, il est toujours temps de changer pour le mieux !



Votre retraite en santé!

1) Définition de la santé   

La santé est l’équilibre entre notre corps physique et notre corps vécu.  Elle repose sur notre vie quotidienne (répartition travail, repos, loisirs), nos actions envers nous-mêmes (oubli de soi, attitudes masochistes), nos actions envers autrui (comportements, réactions hostiles ou défensives, agressivité), nos pensées (créatives, positives, négatives, préjugés) et notre façon de ressentir (sensations, émotions, sentiments, affects) » (Patrick Estrade tel que cité par Dessaint, M-P, 2011, p.134-135).

La retraite implique une coupure, un deuil d’une situation connue vers un autre style de vie planifié ou non.  Tous ne sont pas égaux face à ce changement de vie.  Certains se sentent contraints, presque harcelés pour sortir d’une entreprise et prendre leur retraite.  D’autres font un décompte des journées de travail restantes et sont pressés de passer à autre chose.  Y a aussi ces gens qui sont trop occupés et impliqués dans leur emploi, qui n’ont nullement réfléchi à ce que sera leur retraite.


2) Facteurs en lien avec la retraite

Votre personnalité, vos croyances, vos attitudes, votre environnement social et la façon dont vous quittez votre milieu de travail façonnent les impacts positifs ou négatifs.  Ces facteurs multifactoriels sont bien illustrés par la thèse soutenue par Stéphanie Chevalier (2013, p. 35), voir tableau 1


Tableau 1


Facteurs multifactoriels dans la retraite

3) Attraction ou résistance face à la retraite ?

Le modèle de « Push Pull » de Zimmerman (1995) permet de clarifier le processus de départ à la retraite sous quatre (4) dimensions, soit « Push et Anti-Push » et « Pull et Anti-Pull ».   Le tableau 2 résume ces quatre dimensions (voir Fouquereau, E., Chevalier, S., & Bosselut, G. 2015, p. 137).



Tableau 2

Les 4 dimensions du processus vers la retraite (Fouquereau et al. 2015)


Les 4 dimensions du processus vers la retraite (Fouquereau et al. 2015)

a) Push / considérations négatives qui poussent à la retraite

Certains individus ressentent une pression à quitter leur emploi et même perçoivent du harcèlement de la part de collègues ou supérieur. D’autres sont fortement invités à accepter une prime de séparation pour laisser la place aux plus jeunes qui coûteront moins chers à l’employeur.


Certains employeurs usent de stratégies douteuses pour se départir de travailleurs âgés, en instaurant par exemple, un nouveau mode d’évaluation basée sur l’atteinte de qualité (ex : 90%).  Ainsi, les gestionnaires peuvent commenter, évaluer subjectivement pour arriver à des résultats inférieurs à la nouvelle norme attendue, les justifiant de vous congédier.  Est-ce là un congédiement déguisé ? Que faire ? Chaque cas est unique, je ne peux pas généraliser, mais je peux vous suggérer fortement de consulter un professionnel en droit du travail pour valider votre situation.  C’est évident qu’avec les années, vous gagnez en sagesse, en maturité, en expérience, mais certaines fonctions cognitives diminuent avec le temps. Si vous avez un représentant syndicale en qui vous avez confiance, vous pourriez vous y référez pour connaître vos droits et vos moyens d’exprimer votre désaccord.  Si le stress vécu par ce climat de travail vous exaspère, consultez un psychologue membre de l’Ordre des psychologuesqui vous accompagnera pour transformer cette situation pénible en quelque chose de constructif.


Si vous critiquez chaque journée de travail pour différentes raisons, soyez honnête envers vous-même et organisez-vous pour changer d’emploi au lieu de quitter votre employeur en mauvais terme.


Chaque transition de vie mérite d’être célébrée (ex : naissance, enfance, adolescence, graduation, acquisition de maison, maturité, emploi, fin de carrière…).  Si vous deviez quitter votre emploi, il importe que vous fassiez tout en votre possible pour partir la tête haute, fier d’avoir partagé le meilleur de vous-même. Vous augmenterez alors vos chances d’être célébré à votre départ pour la retraite. Accrochez-vous au moindre aspect positif de votre emploi et ayez de la gratitude ! Si vous laissez une trace positive, cela vous facilitera la tâche de trouver un emploi ultérieurement, si tel est votre désir. Personne n’aime travailler avec un employé bougon, dénigrant, rabat-joie.


b) Anti-push/ considérations positives qui retiennent l’individu dans la situation

Si votre vie a été remplie de réalisations professionnelles et que tout convergeait vers le travail, vous aurez de la difficulté à prendre la décision de quitter ce milieu qui vous vivifie.  Lorsque votre travail constitue le principal moteur pour donner un sens à votre vie, cesser votre occupation professionnelle, sera perçu comme une menace, un changement drastique de vie.  Si votre cercle d’amis se résume à vos collègues de travail, vous appréhenderez votre futur statut de retraité. Afin de vous préparer à cette transition, que diriez-vous de réduire vos heures de travail progressivement afin d’investir dans d’autres sphères de votre vie, comme l’activité sportive, les sorties familiales, l’investissement dans votre vie affective, amicale, amoureuse, etc ?


Si vous avez créé votre entreprise, préparer la relève vous permettrait d’assurer la pérennité de votre création et de laisser aller tout en douceur vos liens d’attachement.  Des professionnels spécialisés dans le transfert d’entreprises familiales peuvent vous assister et vous rendre la besogne plus facile.  En guise d’exemple, je vous réfère Martine Deschamps, SynerAction Management qui a d’ailleurs publié un livre sur la planification de la retraite (avril 2017).


c) Pull/considérations positives qui attirent vers la retraite

Les personnes qui anticipent la retraite comme une transition positive, fourmillent de projets, d’idées et aspirent à les mettre en œuvre tout en jouissant d’une liberté d’horaire et d’action. Ils veulent accorder plus de temps à ce qui les rend heureux.  Si vous quittez votre employeur, votre travail, votre entreprise parce que c’est votre choix, l’appréciation de votre transition sera plus grande que si vous percevez qu’on vous force à quitter les lieux de travail.


d) Anti-pull/ coûts et risques perçus associés à la retraitequi freinent la décision de l’arrêt de carrière

Plusieurs personnes désirent prolonger le plus possible leur vie active au travail pour augmenter au maximum leur revenus futurs et en profiter par la suite.  Le hic, c’est que si cela est fait en vous oubliant, en engloutissant des repas rapides bourrés de sucre, en augmentant votre niveau de stress, en encaissant des frustrations, votre corps se rebellera et finira par vous donner un message clair d’arrêter.  Afin d’augmenter vos probabilités de vivre longtemps et en santé, mettez le focus sur votre bien-être physique, émotionnel, mental, spirituel, le plus tôt possible.


4) Bilan de votre situation actuelle et de la situation désiré

Lorsque vous réservez un voyage, vous devez savoir ce qui vous plait et ce qui vous déplait pour en tirer le maximum de satisfaction.  C’est un peu la même chose pour votre niveau de bonheur dans votre vie active et votre vie comme retraité.  Pour améliorer votre équilibre de vie, il vous sera utile d’avoir un bilan de départ et de réfléchir sur vos priorités, buts à atteindre, de développer une bonne connaissance de soi : valeurs, qualités, peurs et croyances. Dressez un plan avec des objectifs clairs, précis en fonction de votre identité

Pour dresser votre bilan de la situation actuelle, je vous propose ce court questionnaire « Où en êtes-vous aujourd’hui » conçu par Marie-Paule Dessaint (2011, p. 165-166).




Une fois ce bilan complété, vous aurez en main ce qu’il faut pour prioriser vos actions. Tout comme un beau verger débute par une plantation soignée et un entretien régulier, votre vie équilibrée prend racine dans chaque geste du quotidien, chaque attitude.  Vous récolterez ce que vous avez semé !





Où en êtes-vous aujourd'hui?


5) Des statistiques et des chiffres pour éclairer vos priorités


Selon l’OECD (2014) deux (2) hommes sur trois (3) sont en surpoids et une (1) personne sur quatre (4) est obèse au Canada. Le taux d’obésité parmi la population adulte a augmenté fortement au Canada, si bien que plus d’un Canadien sur quatre (25.4%) était défini comme obèse en 2010.


Un simple surpoids ferait perdre trois (3) années de vie alors qu’en situation d’obésité, c’est sept (7) années.


À l’émission Radio-Canada du 18 juillet 2015, « La recette du bonheur », Claudine Viallon rapporte les écrits du psychologue Daniel Guelman qui suggère que le bonheur n’augmente pas davantage si l’on gagne plus de 75,000$ US par an. Pour être heureux on a besoin de cultiver notre réseau d’amis que l’on soit introverti ou extroverti.  Cela diminuerait le risque de dépression. Mme Viallon raconte que face au bonheur nous ne sommes pas tous égaux. En effet, 50% du potentiel du bonheur serait d’ordre génétique, alors que 10% se rapporte aux événements et circonstances de la vie et 40% dépendrait de nos choix de vie, de nos perceptions, de nos attitudes. Attention à ne pas glisser vers la course à gagner toujours plus d’argent, car vous pourriez y perdre votre santé et après perdre votre argent pour prendre soin de votre santé.


Toujours selon la chronique de madame Viallon, les chercheurs Belge Windy et Smith, déclarent qu’après 60 ans, nous expérimentons la sérénité si nous sommes en bonne santé. La retraite ne rendrait pas plus heureux.  Pour ressentir le bonheur, la reconnaissance, vous pouvez pratiquer une activité qui exige un dépassement de vous-même, à la hauteur de vos compétences. Il importe donc de trouver ce qui vous fait vibrer.


À votre mort, vos regrets porteront sur ce que vous n’avez pas fait et non pas ce que vous avez déjà fait.

Le bonheur est un cheminement, il est difficile de le trouver en nous, mais il est impossible de le trouver à l’extérieur.  La recette du bonheur n’existe pas, car une recette implique un résultat qui fonctionne à tout coup.  L’argent ne mène pas au bonheur mais y contribue (Viallon, C. 2015).

Au cours de la conférence donnée par Robert Waldinger disponible sur la chaîne Youtube, il élabore sur ce qui dans la vie nous garde heureux et en santé. On a demandé à des jeunes adultes quelles étaient leurs plus grandes aspirations.  80% d’entre eux voulaient être riche et 50% de ceux-ci voulaient aussi être célèbre. Waldinger rapporte les résultats fascinants d’une étude longitudinale réalisée par une équipe de chercheurs à l’Université de Harvard. L’étude s’échelonne sur une période de 75 ans, où une cohorte de plus de 724 hommes ont été suivis pour élucider le mystère de la longue vie en santé et heureux.  Parmi ces répondants, 60 d’entre eux sont encore vivants, ont plus de 90 ans et participent encore à la recherche.  La principale conclusionde toutes ces années et analyses est la suivante :

Les bonnes relations de qualité nous rendent plus heureux et en meilleure santé. Les gens qui sont le plus connectés à leur famille, leurs amis, leur communauté sont plus heureux et vivent en santé plus longtemps que les gens moins connectés.

Ainsi la satisfaction de la qualité nos relations agissent comme un facteur de protection de notre santé. Les personnes qui peuvent compter sur leurs relations maintiennent un cerveau plus en santé (ex : faculté de la  mémoire).


VIDÉO :   Robert Waldinger: What makes a good life?


Robert Waldinger, Ted talk


6) Votre plan d’action

Que vous soyez seul ou en couple, je vous réfère à un site internet « Question retraite » qui fournit des guides pratiques pour planifier votre retraite au plan financier. Pour votre santé, voici des suggestions.


a) Célibataire ou veuf


Utilisez un agenda pour y écrire vos activités, vos projets, vos buts, des objectifs réalisables, car autrement, le temps filera et vous risquez de reporter à plus tard. Si vous êtes célibataire ou veuf, sachez qu’il existe de nombreux sites internet pour vous permettre de partager des intérêts similaires aux vôtres. Si vous adorez la musique, cherchez sur internet des spectacles, des expositions, des sorties en lien avec votre style de musique. Si vous aimez voyager, il y a de plus en plus de Tours opérateurs qui offrent des forfaits voyages sans supplément pour personne seule. J’ai conçu un site internet pour réunir des voyageurs qui désirent partager en petit groupe de 10 personnes et moins et encourager un tourisme écolo et responsable. Ces voyages sont pour toute personnes positives, qui s’adaptent facilement aux imprévus et qui sont seules. Il arrive que le conjoint ou la conjointe ne puisse pas voyager, donc, au lieu de se priver, vous joignez d’autres personnes qui sont en solo (voir : Voyage Écolo Solo). Sur le site www.voyageforum.com vous pourrez y découvrir une foule de destinations commentées par les voyageurs expérimentés. Joignez-vous à eux pour échanger et partager vos passions ! Si vous aimez la marche, plusieurs clubs de marche sont disponibles et même gratuits, lisez les journaux de votre quartier. Si vous êtes de style actif, sportif, participez aux associations selon votre sport préféré (cherchez sur Facebook, google, etc). Pour les gens de 50 ans et plus, l’Association FADOQ organise plusieurs activités, sorties de groupe. Le Réseau FADOQ défend et fait la promotion de leurs droits collectifs, valorise leur apport dans la société et les soutient par des programmes, services et activités, notamment en loisir, culture, sport et plein air.


Le bénévolatconstitue une option intéressante, car nous avons besoin de nous sentir utile.  Saviez-vous que les personnes âgées, qui se rendent utiles auprès des jeunes enfants ou des adolescents, tout en respectant leur limite, expriment un niveau de bonheur plus grand que ceux qui restent entre eux ?  Le site du gouvernement du Québec fournit une riche documentation au sujet du bénévolat: https://www.mess .gouv.qc.ca/sacais/action-benevole/index.asp


b) La vie en couple

Si vous vivez en couple, prenez le temps de connaître les objectifs, les buts de votre conjoint (e). Avec les années, vous avez peut-être emprunté des chemins différents et êtes devenus des étrangers l’un pour l’autre. Si vous désirez une longue relation avec votre partenaire amoureux, sachez que la communication constitue le premier facteur clé.  Tous reconnaissent qu’un jardin nécessite du temps, de l’investissement et de l’entretien.  Qu’en est-t-il de votre vie de couple?


Dessaint, M.P. (2011) propose un petit exercice de couple, où chacun écrit ses rêves les plus chers qu’il aimerait voir se concrétiser à la retraite, ce qu’il compte faire à court et long terme. L’écriture est spontanée, sans censure et sans penser à ce que l’autre aimerait ou pas. Chacun écrit ses craintes, ses peurs face à la retraite, le vieillissement et leur relation. Chaque conjoint prend note des contraintes et responsabilités qui pourraient les freiner dans la réalisation de leurs rêves et de leurs projets. Après cette réflexion écrite, chaque partenaire compare ses réponses avec son conjoint et en discute ouvertement. Cette discussion mène à des idées et des moyens pour concilier les rêves et projets qui sont divergents. Se retrouver face à face avec son conjoint, 24 heures sur 24, implique une nouvelle adaptation.  Chacun revendique et prend son espace et prend soin de son bonheur, contribue à celui de l’autre et au bonheur du couple.


Dessaint (2011, p. 78) établit une comparaison avec les outardes que j’aime bien :

Tout comme les outardes, dès que nous œuvrons dans un but commun, unis par un puissant sentiment d’appartenance plutôt que par un instinct de compétition, nous atteignons nos objectifs plus facilement et plus rapidement que lorsque nous cheminons seuls.

Votre attitude face aux pertes sera déterminante pour votre adaptation au passage de l’âge de la retraite.   Chaquechangement occasionne un deuil.  Plus vous ruminez des pensées et ressassez des émotions négatives, plus vous souffrirez. Comme vous ne pouvez pas rien changer au passé, pourquoi ne pas investir dans la qualité de votre vie MAINTENANT !


Pour mieux gérer la période de transition vers la retraite, il est souhaitable de ne pas précipiter vos décisions. Par exemple, certains s’empressent de vendre leur maison pour vivre en campagne sans penser au fait qu’ils s’éloignent de leur réseau social, de leur famille. Si vous prenez le temps de réfléchir à ce qui vous importe le plus dans votre vie actuelle et future, vous prendrez alors les bonnes décisions.


Pour les gens qui souffrent de douleur chronique,consultez des spécialistes qui vous guideront vers un soulagement et une prise en charge de votre santé physique.  Connaissez-vous l’apport précieux des kinésiologues, des physiothérapeutes, des acupuncteurs, des ostéopathes, des nutritionnistes, des massothérapeutes ?  Évidemment, cette liste n’est que partielle, car il existe une profusion de professionnels qui peuvent vous accompagner, vous offrir des traitements et vous enseigner à gérer la douleur. La santé physique influence votre santé mentale et vice-versa. À vous de trouver ce qui vous convient.


Si vous manquez d’idées, d’inspirations pour des projets de retraite, je vous invite à lire Cap sur la retraite de Marie-Paule Dessaint (2011).



Retraite en santé

En conclusion,pour vivre vieux et en santé : avoir une vision et attitude positive face à la vie, développer des stratégies pour gérer le stress, bouger régulièrement, utiliser sa créativité, son sens de l’humour, être utile à la communauté. Par exemple, si vous rêvez de jouer au golf à la retraite, et que vous avez négligé votre forme physique, vous risquez de trouver pénible vos premières sorties de golf.  Amusez-vous, riez, jouez et ayez la gratitude tel que vous l’avez enseigné à vos enfants ou à vos proches. Passez par-dessus vos craintes, vos peurs et initiez des rencontres.  Démontrez votre affection, soyez généreux envers vous-même et les autres.  Développez des relations gratifiantes, satisfaisantes avec votre famille, vos amis, votre communauté, car elles influencent positivement votre santé. Entrainez votre cerveau au bonheur tout comme vous développez vos muscles du corps.  Planifiez votre vie dès maintenant pour vivre en équilibre sur le plan émotionnel, mental, physique et spirituel. 


Si vous désirez un atelier de formation destiné à vos employés qui préparent leur projet de retraite, contactez-moi (tél: 450-689-8952), nous discuterons de vos besoins.





Equilibre Vie

Sylvie Martin

Psychologue

Laval, Québec


sylviemartinpsy@gmail.com


Tél: 450-689-8952